Anxiété au travail : quand notre esprit imagine le pire

Votre responsable vous écrit : « Peux-tu passer me voir demain matin ? » Quelques mots, aucune explication. Vous cherchez aussitôt ce que vous auriez pu oublier. Un dossier mal préparé ? Une remarque mal comprise ? La rencontre n’a pas encore eu lieu, mais vous vous voyez déjà devoir vous justifier. Comment accueillir cette inquiétude et retrouver une façon d’agir plus réfléchie ?

L’anxiété au travail peut se glisser dans des moments ordinaires : attendre une réponse, présenter une idée ou découvrir une modification au planning. Notre attention se porte alors sur ce qui pourrait mal se passer. Un détail prend de l’importance, puis un autre semble confirmer le premier.

L’intelligence émotionnelle offre ici un point de départ pratique : remarquer ce que nous ressentons, mettre des mots sur notre réaction et choisir comment nous souhaitons participer à la situation. Les trois exemples qui suivent sont fictifs. Ils permettent d’explorer des réponses possibles, à adapter à votre contexte.

Quand une information manque, le scénario commence

Vous connaissez peut-être cette progression : « Je ne sais pas pourquoi on veut me voir » devient « On est déçu de moi », puis « Mon emploi est menacé ». À chaque étape, une supposition se rapproche d’une certitude, alors que l’information de départ reste la même.

Une certaine anxiété devant une situation incertaine est courante. Son intensité, sa durée et ses conséquences dans la vie quotidienne méritent toutefois de l’attention. Les ressources du gouvernement du Québec distinguent cette réaction ponctuelle des difficultés anxieuses qui deviennent envahissantes. [1]

Pour commencer, une phrase peut vous aider à décrire plus exactement votre expérience : « Je remarque que j’imagine une mauvaise nouvelle. » Vous reconnaissez la pensée qui vous traverse et vous gardez une place pour les informations encore inconnues.

Sophie reçoit un message de sa responsable

Sophie travaille à l’accueil d’une petite entreprise. À 16 h 20, sa responsable lui demande de passer la voir le lendemain. Sophie se souvient d’un rendez-vous déplacé dans la journée. Elle pense : « J’ai dû créer un problème pour le client. » Elle ouvre son agenda, relit trois courriels et commence à préparer des excuses.

Elle s’arrête un moment et nomme sa réaction : « Je suis inquiète parce que j’ai peur d’avoir déçu quelqu’un. » Puis elle regarde ce qu’elle sait : un rendez-vous a changé, sa responsable souhaite la voir, aucun reproche n’a été formulé.

Le NHS propose d’examiner les éléments qui soutiennent une pensée et d’envisager d’autres explications. Cette démarche permet de chercher une interprétation plus équilibrée. [2] Sophie se rappelle que sa responsable l’a aussi rencontrée pour organiser des congés ou lui confier une tâche.

Elle répond : « Oui, à quelle heure ? Y a-t-il quelque chose que je devrais préparer ? » Sa question porte sur une information utile. Si aucune précision n’arrive avant son départ, elle pourra noter le rendez-vous et reprendre ses activités prévues. Une remarque sur son travail reste possible; elle disposera alors de faits pour y répondre.

Ce soir-là, Sophie remarque encore son inquiétude. Elle peut se rappeler la question déjà posée et attendre la rencontre, sans multiplier les messages pour obtenir une certitude que personne ne peut lui donner à ce moment-là.

Une employée parle avec un responsable attentif de l’autre côté d’un bureau en bois.
Poser une question précise permet de chercher une information qui manque.

Reconnaître votre émotion avant de répondre

Selon la situation, vous pourriez vous sentir tendu, embarrassé, irrité ou inquiet. Essayez de préciser : « J’ai peur de perdre la confiance de mon équipe » ou « Je crains de ne pas savoir répondre ». Ces mots donnent un sens plus concret au malaise.

Accordez-vous ensuite une courte pause compatible avec votre travail : posez les mains sur votre bureau, regardez autour de vous, laissez passer quelques instants avant d’écrire. Si vous êtes en conversation, vous pouvez dire : « Je prends une seconde pour réfléchir. » Vous vous donnez du temps pour choisir vos mots.

Votre émotion peut rester présente pendant l’échange. Vous pouvez néanmoins poser une question, demander un exemple ou annoncer que vous reviendrez avec une réponse précise. Une conversation utile reste possible même lorsque vous vous sentez nerveux.

Malik a réellement commis une erreur

Malik a envoyé un devis avec une ancienne date de livraison. Le client le signale. Sa première pensée est immédiate : « Maintenant, tout le monde va me trouver incompétent. » Le problème est concret; la conclusion sur sa valeur professionnelle va beaucoup plus loin que les faits disponibles.

Il peut reconnaître son embarras et préparer une réponse : « J’ai repris une date qui n’était plus à jour. Je vérifie la disponibilité avec l’atelier et je vous transmets le devis corrigé avant 14 h. » Il choisit un délai qu’il peut tenir et informe son responsable si la situation le demande.

Une fois la correction faite, il examine ce qui a favorisé l’erreur : plusieurs versions du document circulaient. Il propose de réunir les modèles à un seul endroit et de vérifier le délai avant chaque envoi. Son attention se porte sur les conséquences à corriger et sur une amélioration observable.

Malik pourra recevoir une critique. Il peut écouter le point précis, demander ce qui est attendu et convenir d’un suivi. Une remarque telle que « la date doit être vérifiée avant l’envoi » indique une action; la transformer en « je ne vaux rien » ajoute un jugement qui ne l’aide pas à traiter le dossier.

Claire attend une réaction après sa proposition

En réunion, Claire suggère de modifier l’accueil des nouveaux clients. Personne ne répond immédiatement. Un collègue consulte ses notes. Elle pense : « Mon idée est ridicule. J’aurais dû me taire. » Elle envisage de retirer sa proposition avant même qu’on l’ait examinée.

Claire peut décrire la situation autrement : « J’ai présenté une idée et je n’ai pas encore eu de retour. » Elle ressent de la gêne et voudrait savoir comment poursuivre. Elle demande : « Quel point vous semble utile à discuter ? » ou « Préférez-vous que je vous envoie un exemple après la réunion ? »

Si la discussion doit attendre, elle peut convenir d’un moment de retour. L’incertitude ne sera peut-être pas levée immédiatement. Son idée pourra être retenue, modifiée ou écartée. Elle aura ouvert un échange sur le travail à faire, en laissant ses collègues exprimer leur avis.

Ce que j’observe Ce que je suppose Une question utile
Une rencontre est demandée. Je vais recevoir un reproche. Que dois-je préparer ?
Une erreur est signalée. On ne me fera plus confiance. Quelle correction faut-il apporter ?
Ma proposition reste sans réponse. Mon idée est rejetée. Quand pourrons-nous en reparler ?
Des exemples fictifs pour revenir à une information que l’on peut vérifier.

Quatre questions à essayer dans votre carnet

Choisissez une situation récente et d’enjeu modéré. Écrivez quelques lignes, sans chercher une explication parfaite. Voici un exemple rempli :

  1. Que sais-je ? « J’ai envoyé mon document hier et je n’ai pas reçu de réponse. »
  2. Qu’est-ce que j’imagine ? « Mon responsable doit être mécontent du résultat. »
  3. Qu’est-ce que je ressens ? « De l’inquiétude et de l’embarras; j’ai envie de tout refaire. »
  4. Que puis-je clarifier ou faire ? « Le retour est attendu jeudi. Je garde mon document et je demanderai un point jeudi après-midi si nécessaire. »

Le NHS conseille de distinguer une préoccupation sur laquelle on peut agir d’une inquiétude hypothétique. Une action réalisable et un moment prévu pour la faire peuvent aider à organiser la suite. [3]

Vous pourrez compléter votre note après l’échange : qu’avez-vous appris ? Que changeriez-vous dans votre prochaine réponse ? Si votre crainte s’est confirmée en partie, notez également les moyens dont vous avez disposé pour faire face. L’exercice sert à observer votre façon de réagir avec davantage de précision.

Une femme écrit dans un carnet à une table près d’une fenêtre, une tasse à côté d’elle.
Écrire quelques lignes peut servir de point de départ pour distinguer les faits de ses suppositions.

Quand le problème vient aussi du milieu de travail

Une inquiétude peut signaler une difficulté bien réelle. L’OMS cite notamment la surcharge, les rôles mal définis, le manque de soutien et le harcèlement parmi les risques pour la santé mentale au travail. [4] Des consignes contradictoires répétées méritent d’être clarifiées dans l’organisation.

Si vous êtes concerné, décrivez les situations observables : tâches confiées, délais, changements demandés et conséquences sur le travail. Selon les ressources disponibles, cherchez un appui auprès d’un responsable de confiance, d’un représentant du personnel, d’un programme d’aide ou d’un service de santé au travail.

L’INRS recommande une prévention collective qui examine les conditions et l’organisation du travail. [5] Apprendre à reconnaître ses émotions peut accompagner une démarche de soutien et des changements concrets dans le milieu.

Demander du soutien et choisir une première étape

Si l’anxiété persiste, devient difficile à supporter ou perturbe votre sommeil, vos relations ou vos activités, parlez-en à un professionnel qualifié. Vous pouvez demander de l’aide avant de vous sentir dépassé. [1] Les pistes de cet article servent à réfléchir à vos réactions et à vos échanges; un accompagnement peut répondre à des besoins plus personnels.

Cette semaine, essayez les quatre questions dans une seule situation. Posez une question précise, attendez l’information convenue, puis regardez ce qui s’est passé. Vous pourrez ainsi reconnaître votre inquiétude tout en donnant davantage de place aux faits et aux actions qui sont à votre portée.

Roger Grenier

Sources et repères

Sources consultées le 26 octobre 2026. Les personnages, dialogues et exercices sont des exemples fictifs conçus pour cet article.

  1. Gouvernement du Québec — Troubles anxieux
  2. NHS — Reframing unhelpful thoughts (en anglais)
  3. NHS — Tackling your worries (en anglais)
  4. Organisation mondiale de la Santé — La santé mentale au travail
  5. INRS — Prévenir les risques psychosociaux

Your manager sends a message: “Can you come and see me tomorrow morning?” A few words, with no explanation. You immediately start searching for something you might have missed. A poorly prepared file? A misunderstood comment? The meeting has not happened yet, but you can already picture yourself having to explain. How can you acknowledge that worry and find a more considered way forward?

Anxiety at work can enter ordinary moments: waiting for a reply, presenting an idea or discovering a change in the schedule. Your attention turns toward what could go wrong. One detail becomes significant, and another seems to confirm it.

Emotional intelligence offers a practical starting point: noticing what you feel, putting your reaction into words and choosing how you want to participate in the situation. The following three examples are fictional. They explore possible responses that you can adapt to your own circumstances.

When information is missing, the story begins

You may recognize this progression: “I don’t know why they want to see me” becomes “They’re disappointed in me,” followed by “My job is at risk.” With each step, an assumption starts to feel more certain, although the original information has stayed the same.

Some anxiety in an uncertain situation is common. Its intensity, duration and effect on daily life deserve attention, however. Quebec government resources distinguish occasional anxiety from anxiety that becomes overwhelming. [1]

A simple sentence can help you describe your experience more accurately: “I notice I’m imagining bad news.” You acknowledge the thought going through your mind and leave room for information you do not yet have.

Sophie receives a message from her manager

Sophie works at the reception desk of a small business. At 4:20 p.m., her manager asks to see her the following morning. Sophie remembers an appointment that was moved earlier that day. “I must have caused a problem for the client,” she thinks. She opens her calendar, rereads three emails and starts preparing an apology.

She pauses and names her reaction: “I’m worried because I’m afraid I’ve let someone down.” Then she considers what she knows: an appointment changed, her manager wants to see her, and no criticism has been made.

The NHS suggests examining the evidence for a thought and considering other explanations. This approach can help you find a more balanced interpretation. [2] Sophie remembers that her manager has also met with her to arrange time off or assign a task.

She replies: “Of course. What time? Is there anything I should prepare?” Her question seeks useful information. If no details arrive before she leaves, she can note the meeting and return to her plans. Feedback on her work remains possible; she will then have specific information to respond to.

That evening, Sophie still notices her worry. She can remind herself of the question she has already asked and wait for the meeting, without sending repeated messages to obtain a certainty that nobody can provide at that moment.

An employee talks with an attentive supervisor across a wooden desk.
A specific question can help you seek missing information.

Recognize your emotion before responding

Depending on the situation, you might feel tense, embarrassed, irritated or worried. Try being specific: “I’m afraid of losing my team’s trust” or “I’m worried I won’t know how to answer.” These words give a clearer meaning to your discomfort.

Then allow yourself a short pause that fits your work: rest your hands, look around and let a few moments pass before writing. In a conversation, you can say: “Let me take a moment to think.” You give yourself time to choose your words.

The emotion may remain during the exchange. You can still ask a question, request an example or explain that you will come back with a specific answer. A useful conversation remains possible while you are feeling nervous.

Malik has made a real mistake

Malik sent a quote with an outdated delivery date. The client points it out. His first thought is immediate: “Now everyone will think I’m incompetent.” There is a concrete problem; his conclusion about his professional worth goes much further than the available facts.

He can acknowledge his embarrassment and prepare a response: “I used a date that was no longer current. I’ll check availability with the workshop and send you a corrected quote before 2 p.m.” He chooses a deadline he can meet and informs his manager if the situation calls for it.

Once the correction is complete, he examines what contributed to the mistake: several versions of the document were circulating. He suggests keeping templates in one location and checking the delivery date before each quote is sent. His attention turns toward consequences he can address and an improvement he can observe.

Malik may receive criticism. He can listen for the specific point, ask what is expected and agree on a follow-up. A comment such as “the date needs checking before the quote goes out” identifies an action. Turning it into “I’m worthless” adds a judgment that does little to help him handle the file.

Claire waits for a response to her suggestion

During a meeting, Claire suggests changing how new clients are welcomed. Nobody answers immediately. A colleague looks at their notes. She thinks: “My idea is ridiculous. I should have stayed quiet.” She considers withdrawing her suggestion before anyone has discussed it.

Claire can describe the situation differently: “I’ve presented an idea and haven’t had feedback yet.” She feels uncomfortable and would like to know how to proceed. She asks: “Which part would be useful to discuss?” or “Would you prefer me to send an example after the meeting?”

If the discussion needs to wait, she can agree on a time for feedback. The uncertainty may not disappear immediately. Her idea might be accepted, modified or set aside. She has opened a conversation about the work ahead while giving her colleagues room to share their views.

What I observe What I assume A useful question
A meeting has been requested. I’m going to be criticized. What should I prepare?
A mistake has been identified. They will never trust me again. What needs correcting?
My suggestion has no reply yet. My idea has been rejected. When can we discuss it again?
Fictional examples for returning to information you can check.

Four questions to try in your notebook

Choose a recent situation with moderate stakes. Write a few lines without trying to find a perfect explanation. Here is a completed example:

  1. What do I know? “I sent my document yesterday and haven’t received a reply.”
  2. What am I imagining? “My manager must be unhappy with the result.”
  3. What am I feeling? “Worry and embarrassment; I want to redo everything.”
  4. What can I clarify or do? “Feedback is due on Thursday. I’ll keep my document and ask for an update on Thursday afternoon if needed.”

The NHS recommends distinguishing a concern you can act on from a hypothetical worry. A manageable action and a planned time to take it can help organize your next steps. [3]

You can add to your note after the exchange: what did you learn? What would you change in your next response? If your concern was partly confirmed, also record the resources you had to handle it. The exercise helps you observe your reactions more precisely.

A woman writes in a notebook at a table beside a window, with a cup next to her.
Writing a few lines can be a starting point for separating facts from assumptions.

When the workplace is part of the problem

A worry can point to a real difficulty. WHO lists excessive workloads, unclear roles, limited support and harassment among workplace mental health risks. [4] Repeated conflicting instructions deserve attention within the organization.

If this affects you, describe observable situations: assigned tasks, deadlines, requested changes and the consequences for your work. Depending on available resources, seek support from a trusted manager, an employee representative, an assistance program or an occupational health service.

INRS recommends collective prevention that examines working conditions and work organization. [5] Learning to recognize your emotions can accompany a request for support and concrete improvements in the workplace.

Seek support and choose a first step

If anxiety persists, becomes difficult to bear or disrupts your sleep, relationships or activities, speak with a qualified professional. You can ask for help before feeling overwhelmed. [1] This article offers ways to reflect on your reactions and conversations; individual support can address more personal needs.

This week, try the four questions in one situation. Ask a specific question, wait for the agreed information and then observe what happened. You can acknowledge your worry while making more room for facts and actions within your reach.

Roger Grenier

Sources and further reading

Sources checked on October 26, 2026. Characters, dialogue and exercises are fictional examples created for this article.

  1. Government of Québec — Anxiety disorders (in French)
  2. NHS — Reframing unhelpful thoughts
  3. NHS — Tackling your worries
  4. World Health Organization — Mental health at work (in French)
  5. INRS — Preventing psychosocial risks (in French)

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